Les origines de la carte postale

Histoire de la carte postale illustrée, ses origines

Faute d’avoir préalablement donné une définition précise de l’objet « carte postale », les chercheurs ont relaté de belles histoires concernant ses origines. Il s’agit le plus souvent d’anecdotes rapportées mais ne reposant jamais sur de éléments concrets et facilement vérifiables.
Ainsi naissent les légendes comportant vraisemblablement quelque chose de réel au départ.

Dans cet article signé Le Kartophile (très probablement Emile Straus) paru dans La Critique n°88 du 20 Octobre 1898, l’auteur expose plusieurs éventualités sans pour autant s’appuyer sur des documents précis.

La carte postale :

« La carte postale illustrée, qui actuellement régit l’univers, possède naturellement son histoire. Diverses versions entourent son origine, mais dès l’abord le plus grand nombre est à rejeter, comme erroné. Certains désignent comme inventeur un lithographe Allemand du nom de Miesler, qui dès 1860 aurait tiré les premières cartes postales avec vues de Berlin. Cette assertion est complètement fausse, car en 1860 la carte postale n’existait pas. Le conseiller des postes Stephan, plus tard secrétaire d’état des postes Impériales, proposa en 1865, à la cinquième conférence postale Allemande, l’introduction de la carte postale. Sa motion ne fut pas acceptée. Cinq ans plus tard seulement les premières cartes postales circulèrent en Allemagne, en Juin 1870, et furent employées en grand nombre pendant la guerre 1870-1871. Récemment, se basant sur des documents historiques et critiques, un almanach le « Volksbote » d’Oldenbourg a découvert l’inventeur de la carte postale illustrée, et en donne l’exacte date de création : le 7 octobre 1876.

En voici l’origine. Pendant les mois d’août de l’année 1875, trois familles amies entreprirent un voyage sur les bords du Rhin. C’était la famille du Pasteur Kuthze de Pleizenhausen, celle du banquier Lubke de Meiningen et du libraire Schwartz d’Oldenbourg ; rendez-vous fut donné à Oberwesel. Un jour les trois chefs de famille firent une excursion à Bacharach à bord du vapeur « Germania ». A la hauteur de Caub, une avarie survint à la machine. Les passagers et l’équipage furent obligés de débarquer. Le soir, les trois amis fêtèrent à Oberwesel leur délivrance autour d’une superbe Boxle aux pêches et fondèrent en souvenir de ce jour une société amicale. Les statuts portaient que les membres correspondraient entre eux. Seul le libraire Schwartz d’Oldenbourg tint parole, mais ne reçut de ses amis aucune réponse. L’idée suivante lui vint : Un petit bois original de Gubitz devait illustrer dans son almanach Volksbote un lied intitulé : « Cinq cent mille Diables ». Le bois représentait une scène diabolique dans une cave. Sur des cartons M. Schwartz fit tirer en épreuve, avec une devise en latin, le cliché, et l’envoya à ses amis le 7 octobre. Ce que les précédentes lettres n’avaient pu obtenir, ladite carte l’opéra à miracle. Par retour du courrier on répondit à l’écrivain pour lui témoigner l’étonnement et l’admiration de cette précieuse idée. Enhardi par le succès, l’inventeur composa une série de 25 cartes postales, dont les matériaux furent puisés dans sa riche collection de clichés. Ce premier essai, mis dans le commerce en automne 1875, fut suivi en 1876, d’une seconde série de 25 cartes au prix de 50 pfennigs.

Si la mise en pratique de la carte postale illustrée et sa commercialisation appartiennent en propre au libraire Schwartz, l’idée en soi n’en était pas neuve et flottait à l’état schématique. En effet, les cartes postales illustrées à la main existaient en grand nombre ! Pendant la guerre de 1870-71, il s’en expédia quantité d’humoristiques ou sérieuses aux camarades et amis en campagne. Le calendrier Volksbote donne le fac-similé d’une de ces « Mobile Korrespondenzkarte » que le libraire Schwartz expédia de Marienbad à ses beaux-parents à Magdebourg, carte restée en souffrance par suite de la mobilisation. Cette carte a pour suscription un vers joyeux relatif à la déclaration de guerre et une vignette rapidement imprimée, représentant un artilleur à sa pièce. M. Schwartz est donc aussi vraisemblablement l’inventeur de la première carte postale imprimée, non mise dans le commerce. Ses deux séries de 1875 et 1876 trouvèrent bientôt des imitateurs. Un éditeur de Dresde, W. Bernst suivit le premier l’exemple de Schwartz. Ce qui avait eu de si humbles débuts, devait évoluer modestement mais désormais sans arrêt, ni heurts, jusqu’à l’intégrale actuelle domination universelle. Les premières cartes postales furent composées avec des matériaux non inédits, puisés dans la réserve éditoriale, mais il n’y avait qu’un pas à la carte paysage (Ansichts Postkarten). Au commencement peu de personnes, sauf les enfants, réunirent ces cartons pour la plupart fort laids, il faut bien l’avouer. Mais l’exécution s’améliora rapidement et aujourd’hui, l’on a réalisé d’authentiques petits chefs d’œuvre. Il y a quelques années, un libraire de Warmbrumen M. A. Leipelt fit dessiner par le peintre Arthur Gerlach, les sites les plus pittoresques des RiesengebirgeI, se détachant en bleu pâle sur un charmant bouquet de fleurs alpestres. Les cartophiles, jusqu’alors timides, conservèrent cette gracieuse composition. Ce que le libraire Schwartz avait imaginé à Oldenbourg comme passe-temps, fut continué sur une grande échelle par d’autres éditeurs. Aujourd’hui, on compte des Instituts cartographiques à Berlin, Breslau, Dresde, Leipzig, Eisenach, Tubingue, Munich, Stuttgard, Francfort sur Mein, Wurtzbourg,… Ces maisons s’occupent exclusivement de la confection des cartes postales, qu’elles livrent par millions annuellement à la consommation. La variété des procédés est inimaginable, l’accroissement de la demande fait naître les plus bizarres moyens de matérialisation : photographie, simili-aquarelle, chromolithographie, bois, eau-forte, pointe sèche, simili-crayon, lithographie, phototypie, gaufrage, pyrogravure,… l’album (car c’est le corollaire obligé) abrite les conceptions les plus incroyables, rangées méthodiquement et inscrites à la fin du volume sur une table récapitulative, portant la date, le numéro d’entrée et le lieu d’expédition ! L’élan est si puissant, que les négociants s’en font un moyen de publicité et que les principales revues illustrées se sont instaurées elle-même éditrices. (Jugend et ses cartes postales géantes et les Meggendoerfer’s Blaetter). Si l’on considère l’énormité de la production Allemande qui inonde les autres pays, on se demande avec stupeur, où cette iconophilie démesurée (on signale des collections de dix mille cartes postales) nous mènera ?

Carte postale ancienne représentant des promeneurs en bicyclettes.

Evidemment comme pour la bicyclette, ou toute autre invention démocratique, il y aura répercussion sur la masse profonde, masse restée jusqu’à présent réfractaire et inerte en France, et que le IPCC, récemment fondé, aura pour mission d’éduquer.

En tant que « souvenir », la carte postale illustrée a complètement tué la photographie. Pour une somme minime, on peut réunir les principaux monuments et sites célèbres. La reine du jour tuera-t’ elle aussi la lettre ainsi que certains esprits chagrins le font pressentir ?

C’est une erreur absolue, au point de vue social, elle resserre les liens amicaux, en multipliant les liens de contact et de remembrances, par ces appels accourus par monts et vaux. Elle a, de plus, l’autorité suffisante pour éveiller les curiosités engourdies, en rappelant le souvenir sur telle région ignorée, sur tel fait d’histoire (cartes Napoléon, Série des Grands Ecrivains et Musiciens, le XIXème siècle,…). Il y à là une leçon de fait par l’image d’art, absolument précieuse.
Au point de vue politique ; la carte sera un formidable adjuvant aux journaux illustrés satiriques et pamphlétaires. Saluons-la, elle a servi pour ses débuts, la cause du Droit, de la Justice et de l’Humanité, en flagellant l’iniquité du Procès Dreyfus et les crimes des militaires (La Dame voilée. Une Comédie au XIXème siècle. La vérité est en marche,…).
Pour l’historien futur et le critique, la carte postale illustrée fournira une précieuse documentation graphique, souvenir durable de tous les évènements importants, et des modes, mœurs, coutumes. Il y a là un cas très intéressant sur lequel je reviendrai.
Pour résumer, au point de vue purement littéraire, elle forcera, par la synthèse graphique, à une heureuse synthèse mentale, la pensée diluée en les lettres, acquerra de la solidité et une richesse suggestive, renfermant toutes les sortes d’éloquence sous un volume restreint. Ce jugement peut paraître paradoxal, pourtant tel écrivain n’a-t-il pas réalisé cette merveille d’enfermer en une page la matière de volumes.

Texte signé Le Kartophile, recueilli par christian deflandre, animateur du musée de la Carte Postale.

Saluons cet auteur enthousiaste et visionnaire. A l’évidence, combien faudrait-il rédiger de lignes? combien de pages d’écriture ? pour expliquer ce que l’on peut découvrir sur une simple carte postale.

Christian DEFLANDRE

Créateur - Animateur chez Musée de la Carte Postale
Au fil de mes recherches (historiques, géographiques, artistiques et dans bien d’autres domaines) j’ai découvert que chaque carte postale est une pièce d’un immense puzzle mettant en scène plus d’un siècle de l’histoire humaine ; l’ensemble constituant un véritable capital encyclopédique.
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