Les cartes postales disques et phonographes

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Les Cartes Postales Disques :

Décembre 1905, c’est l’époque des cadeaux. C’est aussi la période où des millions de Français vont échanger leurs vœux au moyen de cartes postales. C’est l’instant que choisit la Maison TEBEHEM, 23 rue Tronchet à Paris, pour lancer sur le marché, à grands renforts de publicité, une nouveauté « sensationnelle » : la carte postale qui parle : LA SONORINE.
Le principe est simple. Expéditeur et destinataire doivent être en possession d’un phonographe spécial, comportant deux pavillons amovibles. La petite fille enregistrait un message parlé sur une carte « SONORINE » à l’aide d’un pavillon. La grand-mère, à la réception de la carte, l’auditionnait sur le même type d’appareil à l’aide d’un autre pavillon.
Et si la grand-mère était en possession de cartes vierges, elle pouvait envoyer sa réponse à la petite fille.
Cela peut nous paraître banal, mais à l’époque où les phonographes s’actionnaient à la manivelle (pour les privilégiés qui en possédaient) avec aiguilles de métal ou de bois, il s’agissait d’un tour de force. Quelle innovation que la possibilité d’expédier sa voix à distance, pour 10 centimes !

On peut supposer qu’après enregistrement du message, on préférait l’expédier sous enveloppe. Mais il est plus probable que l’usage ne s’est pas vulgarisé en raison de l’obligation d’achat d’un phono spécial. Cet appareil avait l’aspect d’un jouet de luxe pour enfants gâtés, d’où la brièveté de l’expérience « SONORINE ». Qui plus est, le phonographe en question, appelé PHONOPOSTAL avait été construit en métal soudé à froid et comportait de nombreuses parties en zamac. Cet alliage de métaux (à majorité de zinc) possède une particularité s’il est de mauvaise qualité. Avec le temps qui s’écoule il est atteint d’une maladie dénommée la « peste du zinc » ce qui revient à dire que le métal s’autodétruit. Voilà pourquoi, même dans les grandes collections de phonographes, vous avez fort peu de chance d’en découvrir un exemplaire en parfait état de fonctionnement.

Publicité parue en décembre 1905, dans la revue l'ILLUSTRATION, vantant les avantages des cartes postales disques sonorines.

Publicité parue en décembre 1905, dans la revue l’ILLUSTRATION, vantant les avantages des cartes sonorines.


Toujours avant 1914, de nombreux éditeurs ont produits des cartes postales comportant un véritable disque pré-enregistré en 78 tours, avec une chanson à la mode. Lorsque l’on recevait une telle carte, on pouvait l’écouter en la posant sur le plateau de n’importe quel phonographe.


Après 1914, on trouvera le même principe avec les cartes postales disques de l’éditeur QUICK qui diffusait ainsi les succès du jour.


En 1956, un ami d’Eddy BARCLAY, monsieur Roger VAN ROY, en résidence à Juan-les-Pins, invente un revêtement spécial, transparent qu’il appose sur le côté vue des cartes postales. Sur ce revêtement il devient possible d’enregistrer des messages audio. Il créé des appareils enregistreurs. L’un d’eux sera installé à l’aéroport d’Orly, l’autre au Musée Océanographique de Monaco. Moyennant l’achat d’une carte à 5 francs, le public peut enregistrer sa voix sur carte postale et le destinataire pourra l’écouter sur n’importe quel tourne disque. Monsieur Roger VAN ROY créé la Société SUDEF qui sera rachetée par MOVOX à Monaco. MOVOX commercialisera ensuite de nombreuses cartes postales disques avec des chansons enregistrées par les vedettes de l’époque, et diffusées dans le monde entier.

Le succès des cartes postales disques s’achèvera avec l’avènement des cassettes à bande audio.
L’un des appareils enregistreurs de Monsieur Roger VAN ROY, ainsi que les cartes postales ci-dessus présentées et bien d’autres encore, figurent dans l’exposition permanente du Musée de la Carte Postale.

Christian DEFLANDRE

Créateur - Animateur chez Musée de la Carte Postale
Au fil de mes recherches (historiques, géographiques, artistiques et dans bien d’autres domaines) j’ai découvert que chaque carte postale est une pièce d’un immense puzzle mettant en scène plus d’un siècle de l’histoire humaine ; l’ensemble constituant un véritable capital encyclopédique.
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