Estimation et critère de rareté des cartes postales

La lecture attentive des argus et catalogues amène à quelques constatations :

1. Les résultats de vente sur offre ou de vente aux enchères

Ils ne peuvent être qu’une simple indication à interpréter avec beaucoup de précautions.
En effet, de nombreux facteurs (c’est le cas de le dire en matière de cartes postales) peuvent venir influer le résultat de ces ventes :

  • Présence ou absence importante d’enchérisseurs.
  • Sentiment d’orgueil démesuré durant un achat fait en public.
  • Envie irrésistible d’achever une série à tous prix.
  • Méconnaissance du sujet acheté.
  • Enchère volontairement ou fictivement montée.

Comme on le voit telle carte fera tel prix à un moment donné, ce n’est pas pour autant que la même offre sera réalisée dans une vente suivante. Lors des résultats d’une vente, malheureusement les médias ne rendent compte que des chiffres spectaculaires et des enchères les plus élevées. On oublie très vite les kilos de cartes postales dont personne ne souhaite s’encombrer. Cependant dans ces kilos de cartes postales qui rejoignent l’anonymat, on pourrait découvrir de nombreuses pièces dont la valeur documentaire est indéniablement égale ou supérieure à la « vedette du jour ».


2. Les « estimations »

Il s’agit d’un exercice à géométrie variable qui fait appel aux principes de la relativité, de l’offre et de la demande, de la rareté relative ou supposée, de la supputation des stocks disponibles, de l’ampleur des possibilités financières et du désir des acquéreurs potentiels, et, enfin, de l’appétit du vendeur… !
Hormis quelques gourous ou voyants extra-lucides professionnels, celui qui peut sans complexe prévoir le prix que l’on tirera d’une carte postale avec précision, peut tout aussi bien vous donner l’ordre d’arrivée au tiercé ou les numéros gagnants du loto.

Critère de rareté

Les cartes postales dites « rares » sont estimées à des prix très élevés, (voire « prix d’amateur »), mais il faut savoir également que les collectionneurs prêts à payer 1000 € pour une carte postale, sont encore plus rares.

En évoquant la question de la rareté des cartes postales quelques remarques annexes s’imposent :

– La rareté n’est pas un critère déterminant pour évaluer la côte d’une carte postale.
Par exemple, si vous avez entre les mains une carte postale représentant le palais du Trocadéro à Paris, du début du 20ème siècle, timbrée et oblitérée côté vue, adressée à Mr X… vous pouvez être certain d’être en possession d’une carte unique au monde. En effet, il y a fort peu de chance qu’il existe une seconde carte identique, timbrée et oblitérée exactement au même endroit, le même jour, à la même heure, pour le même destinataire. Votre carte est unique, sa valeur documentaire est bien réelle, car le Palais du Trocadéro de l’époque a entièrement disparu, mais en « valeur marchande » vous n’en tirerez pas plus que 2 ou 3 €, car le palais du Trocadéro a été édité et diffusé à des milliers d’exemplaires durant de nombreuses années.

L’exemple que nous venons d’évoquer est valable pour l’immense majorité des sites à vocation touristique, et je me souviens que vers 1960, alors qu’il était fréquent de trouver des albums de famille intact, il était exceptionnel de ne pas y découvrir des cartes de Paris, Lourdes ou du Mont-Saint-Michel. Ce qui ne veut pas dire que dans ces trois exemples il n’existe pas aussi des cartes postales réellement « rares ».

Le vrai spécialiste, le véritable connaisseur auquel aucun expert ne viendrait se frotter sans risque, c’est l’amateur qui pendant des dizaines d’années a passé l’essentiel de ses loisirs à demander de stand en stand, de brocante en salon, inlassablement et avec passion des cartes postales de telle « ville » ou de tel « thème ». Il en a tant vues, tant manipulées, que lui seul est à même de dire, à travers sa propre expérience et sa connaissance du sujet, si telle carte est rare ou ne l’est pas ; et quel intérêt réel elle peut présenter sur le plan documentaire, tant il est vrai que l’auteur d’un catalogue ou d’un argus ne peut connaître dans le détail toute la topographie et les modifications de l’ensemble du territoire français de 1900 à nos jours.

– On aura compris que l’auteur d’un Argus ne peut se passer des services et des informations du collectionneur spécialisé dans un thème, une ville ou une région. Mis à part l’honneur qu’il aura de se voir citer comme « source » dans un catalogue, le collectionneur spécialisé lorsqu’il livre l’essentiel de ses connaissances se trouve soudain confronté à une brusque montée des « cotations ». Les cartes qui manquaient à sa collection, et qu’il espérait acquérir à bon compte, vont lui parvenir, certes, mais leur « valeur marchande » aura fortement progressé.

Les estimations ne parlent pas des cartes invendues, celles que personne ne réclame jamais, qui resteront longtemps invendables et qui constituent l’immense majorité des « fonds de boîte » que l’on retrouve de brocante en brocante.


3. De la fiabilité des catalogues et de l’autorité de la chose écrite

Faites vous-même l’expérience.
A l’occasion d’un salon important de cartes postales, en passant d’un négociant à un autre négociant, demandez toujours le même type de cartes : un « thème » ou une « ville de moyenne importance ». Vous avez toutes les chances de découvrir exactement la même carte, proposée à 4€, 8€ ou 10 € d’un stand à un autre.

Est-ce à dire que les professionnels n’ont pas lus de la même façon les argus et catalogues ?
Je vous laisse méditer ce sujet.

Si vous vous sentez à l’aise avec les valeurs sentimentale, artistique, documentaire et commerciale des cartes postales, je vous invite enfin à conclure, en tenant aussi compte de votre propre valeur subjective.

Votre attention svp

Avant d’entrer en contact avec nous, merci de bien vouloir noter que le musée ne fait aucun commerce de cartes postales, ce n’est donc pas à nous de déterminer la valeur de vos cartes postales, nous ne répondons pas aux demandes des vendeurs. Nos articles sont publiés pour vous éveiller à l’attrait de ces morceaux de cartons à collectionner, et vous donner aussi quelques pistes de réflexions ou anecdotes historiques, en parallèle de votre visite guidée au Musée. Pour savoir combien valent financièrement vos cartes postales veuillez vous adresser à des experts ou commissaires priseurs, merci.
L’équipe du Musée de la Carte Postale.

Christian DEFLANDRE

Créateur - Animateur chez Musée de la Carte Postale
Au fil de mes recherches (historiques, géographiques, artistiques et dans bien d’autres domaines) j’ai découvert que chaque carte postale est une pièce d’un immense puzzle mettant en scène plus d’un siècle de l’histoire humaine ; l’ensemble constituant un véritable capital encyclopédique.

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15 Comments
  • jules
    avril 26, 2016

    Bonjour;
    J’ai lu avec beaucoup de plaisir votre article .
    Je suis en possession de pas mal de cpa antérieures à 1930 et je désirerai m’en séparer .
    Se pose donc la question de leur mise en vente conseillez vous plutôt une boutique spécialisée , une salle des ventes .La mise en vente sur les sites marchand type delcampe , e bay ….semblant vraiment très aléatoire et longue .
    Merci de vos conseils

    • DEFLANDRE Chrstian
      avril 27, 2016

      Bonjour, Il faut vivre avec son temps! Vous souhaitez vendre vos cartes postales. Sur internet vous pouvez le faire directement sans intermédiaire en cédant un très petit pourcentage et en touchant des milliers d’acheteurs potentiels. Toutes les autres propositions vous permettront de toucher immédiatement une somme de laquelle il faut déduire la commission du professionnel, ses frais, ses impôts, etc…tec…
      A vous de juger.
      Cordialement

  • claudine derisoud
    avril 29, 2016

    Bonjour, pouvez vous me dire ce que signifie certains mots liés à la vente de cartes postales sur internet CPSM CPM merci ou drouilles claudine

    • DEFLANDRE Chrstian
      avril 30, 2016

      Bonjour,ces initiales sont abondamment utilisées dans le commerce des cartes postales:
      CPSM signifie : carte postale semi moderne correspondant approximativement à la période de 1930 à 1975.
      CPM: cartes postales modernes éditées à partir de 1975
      Ces périodes ont été ainsi désignées dans l’Argus NEUDIN et ensuite utilisées par de nombreux collectionneurs et le sont encore. Or il faudrait maintenant y ajouter le notion de cartes contemporaines pour les cartes qui sont actuellement éditées.
      La « drouille » ou les « drouilles » (argot de métier) désigne d’une manière générale en matière de brocante tous les objets très courants et de très faible valeur (proche de la nullité). Par extension ce qualificatif s’applique aux cartes postales très courantes que personne n’a envie d’acheter et qui par conséquent sont très difficiles à vendre. Cependant la notion de « drouille » peut être très variable d’un individu à un autre. C’est la raison pour laquelle il est possible de trouver des petits trésors dans les lots de » drouille. »

  • TANGUY
    août 17, 2016

    Jusqu’en qu’elle année les cartes postales étaient-elles TOUTES en noir et blanc uniquement ?

    • DEFLANDRE Chrstian
      août 17, 2016

      Bonjour M. TANGUY,
      Votre question est assez inattendue. Vous devez savoir que les premières cartes postales étaient imprimées en noir et blanc. Puis la couleur est apparue très tôt, avant 1900, sous forme de chromolithographies qui sont des cartes assez prisées des collectionneurs. Ensuite on a publié des cartes en phototypie en noir et blanc, qui étaient colorisées à la main une à une. A partir des années 1960, les cartes touristiques représentant des paysages étaient diffusées en couleurs (sans que l’on précise si s’agissait des couleurs originales ou de couleurs « arrangées ». Et de nos jours encore on peut publier des cartes uniquement en Noir et Blanc pour des raisons artistiques selon la volonté de l’auteur du cliché photographique.
      En résumé il n’y pas de règle, pas de date butoir. Depuis leur origine jusqu’à nos jours les cartes postales pouvaient être éditées soit en couleurs, soit en noir et blanc. Enfin , précision supplémentaire pour votre information, avant 1914 pour une carte de paysage en noir et blanc en phototypie, le prix de détail était de 5 centimes, et la même carte colorisée coutait 10 centimes. Meilleures salutations

  • Liliane Le Duc
    août 29, 2016

    Bonjour Monsieur,
    Je viens de découvrir votre musée et j’en suis ravie. Je m’intéresse beaucoup aux cartes anciennes , surtout celles de Paris, et il y en a de magnifiques. Je souhaite savoir quelle importance a le fait qu’elles soient vertes au dos.
    Cordialement.

    • DEFLANDRE Chrstian
      août 29, 2016

      Bonjour Mme Liliane LE DUC
      En matière de « dos vert » on distingue deux types de cartes postales :
      Le premier type: dos vert très pale, d’un aspect légèrement velouté au toucher, qui concerne les cartes éditées avant 1914.
      Le second type, d’un vert beaucoup plus soutenu, plus affirmé et mat au toucher. Ce second type concerne des cartes éditées après 1914 et dans les années 20…..
      Il n’y a pas de mystère à ce sujet. Les imprimeurs (ou les éditeurs) par souci de rentabilité choisissaient dans la mesure du possible le papier le moins cher, selon les opportunités du marché. C’est l’unique raison pour laquelle on voit parfois des dos verts. Cependant dans les dos verts du second type, il peut s’agir soit d’édition originales, soit de réédition de cartes plus anciennes et déjà publiées avec un dos blanc. Ce n’est qu’à force d’expérience, en manipulant et en observant beaucoup de cartes, en les comparant avec leurs dates d’utilisation figurant sur les cachets de la poste, que vous pourrez en savoir davantage à ce sujet. Sachez que le fait qu’une carte postale soit dotée d’un dos vert ou d’un dos blanc, n’a que très peu d’importance. En général on n’admire pas les dos. Seul compte le côté image, le cliché, la vue représentée pour évaluer l’intérêt d’une carte postale.Le dos n’a souvent qu’un intérêt relatif, sauf s’il s’agit d’autographe d’une célébrité ou d’un cachet postal particulièrement rare ou intéressant. Espérant avoir répondu à votre question je vous adresse mes meilleures salutations. Christian DEFLANDRE

  • teddy
    septembre 27, 2016

    Bonjour, une carte postale entièrement vierge a-t-elle une plus-value par rapport a une carte postale oblitérée et écrite ? Merci d’avance et félicitations pour cet article très instructif

    • DEFLANDRE Chrstian
      septembre 28, 2016

      Bonjour TEDDY,
      C’est une question intéressante. Les cartes postales étaient faites pour être utilisées, pour voyager. En règle générale une carte postale qui a été utilisée a davantage de choses à raconter qu’une carte qui est restée à l’état neuf. Timbre, cachets postaux, éventuellement correspondance. Généralement les collectionneurs préfèrent les cartes postales ayant été utilisées proprement et bien conservées. Il n’existe qu’une seule exception, elles concernent les cartes d’illustrateurs éditées avant 1904. Avant 1904, les belles cartes d’illustrateurs, comportent parfois de la correspondance qui vient empiéter sur le dessin lui-même. Ce qui est un peu dommage pour l’œuvre de l’artiste, c’est la raison pour laquelle les amateurs d’art préfèrent dans ce cas des cartes disons »immaculées ». Sauf bien sur , si c’est l’artiste auteur de la carte qui a rédigé lui même la correspondance. Imaginez une carte envoyée par TOULOUSE-LAUTREC ou MUCHA; Dans ce cas là, la carte sera préférée à une carte non utilisée.
      Cordialement CD

  • CHRETIEN
    septembre 29, 2016

    Bonjour,
    J’aimerai savoir si une carte présentant une faute d’orthographe, a plus d’ intérêt voire de valeur que celle qui n’en présente pas (ex: orthographiée BRYAU ou BRUAI au lieu de BRUAY ou LARVE au lieu de LAWE . D’avance pour votre réponse.
    Bien cordialement.

  • ute d'orthographe
    septembre 29, 2016

    Bonjour M.CHRETIEN, Voilà une question inhabituelle et intéressante. A priori, ce n’est pas la faute d’orthographe qui devrait donner plus de valeur à une carte postale. En règle générale, c’est la vue, le sujet représenté sur l’image qui détermine la valeur. Mais cela pourrait s’imaginer pour deux cartes, parfaitement identiques, l’une contenant une faute d’orthographe dans le nom, et l’autre sans faute d’orthographe. Je note bien qu’il s’agit en l’occurrence de noms « propres ». Je ne sais pas pourquoi, (car je n’ai jamais retrouvé la règle), il existe une convention pour dire que les noms propres n’ont pas d’orthographe. A défaut de retrouver cette règle, il est permis de penser que la faute est peut être simplement une faute d’inattention, commise par l’imprimeur des cartes qui a oublié de vérifier l’orthographe de la localité.
    Mais pour répondre plus précisément à votre question, voici mon point de vue :
    Un collectionneur qui regrouperait plusieurs cartes de différentes localités, en double: l’une avec l’orthographe correcte, et l’autre avec faute d’orthographe, constituerait un nouveau thème de collection. Sachant qu’il faudrait que les cartes soient en double pour faire la démonstration de la faute ou de l’erreur de l’imprimeur. En fait pour en revenir à la « valeur », on peut simplement dire que la carte avec faute, vaut un petit peu plus que la carte sans faute, à condition de présenter simultanément les deux exemplaires de la même vue. En fait vous venez d’inventer un nouveau thème de collection. Félicitations et bon courage, car cela ne doit pas être très facile.
    Avec mes cordiales salutations cartophiles. C.D.

  • ute d'orthographe
    novembre 2, 2016

    Bonjour Mogayron,Je suis étonné par votre question, car il y a longtemps que les cartes postales (comme les lettres d’ailleurs) , ne comportent plus de cachet de départ et de cachet d’arrivée.. En conséquence, comme vous n’avez pas joint de scan à votre message il est difficile de se prononcer. Mais cependant on veut bien vous croire sur parole. Il existe de nombreux collectionneurs thématiques en cartes postales, je n’ai jamais eu connaissance d’un collectionneur qui s’intéresserait plus particulièrement aux cartes postales distribuées avec « retard » . Mais pourquoi pas??? Vous désirez savoir si votre carte a de la valeur? Oui elle a une valeur de « curiosité ». Pour connaître sa valeur « marchande » c’est très simple, vous la mettez en vente sur des sites spécialisés (il en existe plusieurs) et vous verrez bien quelles seront les offres qui vous seront faites. Cordialement C.D.

  • BONNET Jacques
    janvier 27, 2017

    Bonjour Monsieur,

    Pouvez-vous me dire s’il existe un ou des livres qui récence avec photos les cartes postales?
    D’autre part ou trouver des répertoires de cartes postales des différents éditeurs, savoir qui détient les matrices de ces cartes ? Ex : EMB : qui a repris ? Merci. Jabonde.

    • DEFLANDRE Christian
      janvier 28, 2017

      Bonjour M. BONNET,
      En réponse à votre première question :
      Il existe des milliers de livres régionalistes, le plus souvent dédiés à une ville ou à une région qui reproduisent des cartes postales
      En réponse à votre deuxième question :
      Le catalogue argus « CARRE » a répertorié par ville, et par départements les cartes postales anciennes classées par le nom de l’éditeur. Même s’il n’est pas exhaustif, c’est une première réponse à votre question.
      Quant à savoir qui détient la » matrice » de ces cartes (je suppose que vous voulez parler du cliché original) il faudrait être voyant extra-lucide pour répondre à cette question.
      Quant à l’éditeur EMB, il existait un éditeur qui signait ainsi ses cartes postales. Il s’agit d’Emile MAQUAIRE à BOURGES qui a produit plusieurs centaines de cartes postales. Il peut s’agir de lui ou de quelqu’un d’autre car votre question manque de précision. C’est le genre de question pour laquelle vous devez faire votre enquête vous même, car il n’existe personne sur terre, aucun expert, capable de vous dire qui? à racheté le fond de qui? Bon courage pour la suite de vos recherches.
      Meilleures salutations Christian DEFLANDRE

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